FIV : le Nobel qui fait du bien

© Frédéric Prochasson

Le chercheur britannique Robert G. Edwards, âgé de 85 ans, vient de se voir attribuer le 30ème prix Nobel de médecine. Le père des bébés-éprouvette aura donc dû attendre 32 ans pour que son immense contribution à la vie soit enfin reconnue.

En 1978, la naissance de Louise Brown (elle-même devenue maman en 2007) avait suscité enthousiasme chez les uns… et véritable effroi chez les autres. Nombreux sont les chroniqueurs qui rappellent ces dernières heures qu’à l’époque certains voyaient le diable dans cette tentative visionnaire de créer la vie en dehors du corps de la femme.

Certes, 2,5% des naissances en France sont aujourd’hui issues de procréations médicalement assistées (PMA), après que des spermatozoides ont été directement injectés dans l’ovule maternel ou après qu’un embryon fécondé ex-utero a été réimplanté à la mère. Mais les choses ont-elles tant changées ?

En France, la recherche est à l’arrêt en la matière et la PMA n’est pas encore une spécialité reconnue au sein de l’Inserm (à la différence du diabète par exemple) – où l’on travaille tout de même, circonstance à peine atténuante, sur le traitement de la fertilité.

Alors, indifférence ? Loin de là. Position moyenâgeuse parée des vertus de l’éthique ? Bien sûr. C’est que la France, à la différence d’autres pays, interdit la recherche sur l’embryon, dissuade le développement des dons (de spermatozoïdes ou d’ovocytes) et d’une manière générale entend une nouvelle fois laisser à d’autres le soin d’écrire l’histoire. Car partout dans le monde le recours aux techniques de PMA est en forte augmentation, inexorablement encouragées par le développement de l’infertilité masculine, l’âge de plus en plus tardif de la première grossesse, une difficulté croissante à adopter ou encore la dégradation de nos modes de vie (pollution environnementale et domestique, etc.)

Alors ce prix Nobel suscitera-t-il les « vocations » de jeunes médecins ou chercheurs comme l’espère le Pr. René Frydman, chef de service à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart et l’un des pères du premier bébé-éprouvette français en 1982 ? Pour l’heure, il suscite l’admiration de ceux, médecins et chercheurs, qui font le monde de demain, quelque part en dehors de l’hexagone.

http://nobelprize.org/

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Vos réactions à cet article (4)
FIV : le Nobel qui fait du bien

  1. Paola a réagi :

    Je trouve cette actu à la fois géniale, pour les raisons que vous évoquez et bien sûr aussi agaçante… pour les raisons que vous évoquez. Je comprends les arguments bioéthiques, nombreux et complexes, qui font que l’on interdise en France la recherche sur l’embryon. Mais puisque cela ce fait ailleurs ! Mais puisque cela est un enjeu de bien-être incontournable ! Mais puisque cela abouti à une situation complètement hypocrite et injuste… ceux qui en ont les moyens pouvant bénéficier de cette recherche étrangère, en se rendant à l’étranger… En fait de position bio-éthique, c’est du délire. Même en terme purement économique, il y a là tout un secteur d’activité prometteur dont la France se prive. Faut-il laisser l’Espagne, les Etats-Unis ou pire, la Corée du Nord, avancer seuls sur ces terres nouvelles ? Je ne crois pas.

    • Murielle_75 a réagi :

      Je te comprends, mais faut-il forcément faire ce que les autres font au motif qu’ils le font ? Et participer nous aussi à une course en avant dont on ne connaît pas l’issue ? Sans parler des considérations religieuses, qu’il faut aussi respecter.

  2. Triz a réagi :

    A ma connaissance, il arrive que la Sécurité Sociale prenne en charge les FIV faites à l’étranger. Cela dit, c’est vrai que la France quelque part se crée un handicap je trouve.

  3. Fivette a réagi :

    Dans cet article, l’expression « créer la vie en dehors du corps de la femme » est très forte et agit pour moi comme révélatrice de toute la complexité de ces sujets. On comprend comme il peut être délicat de traiter de ces sujets et de les faire avancer… y compris à notre époque, car selon les mots choisis, les choses peuvent apparaître simples, posées, consensuelles pourquoi pas, ou au contraire complexes, insolubles et graves. Ce qui est sûr c’est que le temps ne s’arrête, que le monde n’est pas fait pour rester immuable, et que ce qui sera normal pour d’autres générations ne le saura pas pour nous… alors arrêtons de se laisser impressionner par le changement. Je suis contente que l’on puisse donner la vie chaque fois que l’on sait aimer ensuite… on s’en fout que cette vie soit née comme ci ou comme ça.